Photovoltaïque industriel et agrivoltaïsme : une fausse bonne idée ?

Nous ne sommes pas opposés au photovoltaïque en soi. Nous sommes opposés au photovoltaïque industriel implanté au sol sur nos terres agricoles, nos espaces naturels et nos forêts. L'électricité solaire a toute sa place sur les surfaces déjà artificialisées : toitures, parkings, friches industrielles, anciennes carrières.

Voir aussi : Éoliennes industrielles : une fausse bonne idée ?

1) Menace sur les terres agricoles et la souveraineté alimentaire

L'agrivoltaïsme consiste à installer des panneaux photovoltaïques sur des parcelles agricoles, en associant production d'électricité et culture des terres ou élevage. En théorie, les deux activités cohabitent. En pratique, la production d'électricité tend à supplanter l'agriculture.

L'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) alerte : au-delà de 20 % de couverture au sol par les panneaux, les rendements agricoles chutent significativement. Pourtant, la réglementation française autorise une couverture allant jusqu'à 40 % (décret n° 2024-318 du 8 avril 2024).

La rente proposée aux agriculteurs (typiquement 2 000 à 4 000 euros par hectare et par an) provoque une spéculation foncière qui renchérit le prix des terres et rend l'installation de jeunes agriculteurs encore plus difficile (enquête de France Inter, janvier 2025).

Dans un contexte mondial de tensions sur la sécurité alimentaire, sacrifier des terres agricoles pour produire de l'électricité est un choix discutable.

2) Impact sur les paysages

Les centrales photovoltaïques au sol, ce sont :

Dans notre vallée du Cérou, nous avons recensé des projets totalisant déjà plus de 100 hectares sur les communes de Virac, Livers-Cazelles, Saint-Marcel-Campes et Saint-Martin-Laguépie. À terme, c'est tout le plateau cordais et le ségala carmausin qui pourraient être défigurés, au détriment du tourisme et de l'attractivité de notre territoire.

Ces installations sont prévues pour durer 30 à 40 ans, voire plus. C'est une transformation durable et profonde du paysage.

3) Biodiversité menacée

Le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) a émis un avis en 2023 dénonçant l'impact négatif des installations photovoltaïques au sol sur la faune et la flore, tant par les installations elles-mêmes que par les travaux de raccordement électrique.

Les atteintes à la biodiversité sont multiples :

Notre territoire abrite des Zones Naturelles d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Implanter des centrales photovoltaïques industrielles dans ou à proximité de ces zones serait particulièrement dommageable.

4) Un bilan carbone moins favorable qu'on ne le pense

Comparaison des émissions de CO2 par source d'électricité (gCO2/kWh) :

Source : base Empreinte de l'ADEME (janvier 2024)

Le photovoltaïque émet donc près de 12 fois plus de CO2 par kWh que le nucléaire. La France étant déjà le deuxième pays européen le plus décarboné en matière d'électricité grâce à son parc nucléaire, le gain climatique du photovoltaïque au sol est marginal.

De plus, la fabrication des panneaux solaires est très majoritairement réalisée en Chine (plus de 80 % de la production mondiale), dans des usines souvent alimentées par des centrales à charbon. Le bilan carbone réel de la filière est donc encore plus défavorable que les chiffres ci-dessus ne le suggèrent.

5) Intermittence et fragilité du réseau

Le photovoltaïque est une source d'énergie intermittente. Le facteur de charge du solaire en France est d'environ 14 % (source : RTE, Bilan électrique 2023), ce qui signifie qu'un panneau produit en moyenne seulement 14 % de sa puissance maximale théorique.

La production solaire est maximale en été à midi, quand la demande est modérée, et nulle la nuit. En hiver, quand la demande est la plus forte, la production est très faible. Le crédit de capacité du solaire (puissance fiable en heure de pointe hivernale) n'est que de 1 %, contre 95 % pour le nucléaire (source : RTE, Futurs énergétiques 2050).

Le développement rapide des énergies renouvelables intermittentes apporte une grande complexité à la gestion du réseau électrique. Le black-out qui a touché l'Espagne et le Portugal en avril 2025 a rappelé les risques liés à un réseau fortement dépendant des EnR intermittentes.

Pour compenser l'intermittence, il faut soit du stockage (batteries, dont la fabrication a elle aussi un coût environnemental élevé), soit des centrales à gaz en complément. C'est un non-sens écologique.

6) Efficacité énergétique

Le taux de retour énergétique (TRE) mesure le ratio entre l'énergie produite et l'énergie consommée pour construire et exploiter l'installation. Plus ce taux est élevé, plus la source est efficace.

Comparaison :

Source : Le monde sans fin de Blain et Jancovici, p. 161

Le solaire est 10 fois moins efficace que le nucléaire en termes de retour énergétique.

7) Dépréciation immobilière et cadre de vie

La proximité de centrales photovoltaïques industrielles engendre des nuisances concrètes :

Les conséquences sont une baisse significative de la valeur immobilière des propriétés voisines, un impact négatif sur le tourisme (gîtes, chambres d'hôtes, randonnées, cyclotourisme), et une dégradation générale du cadre de vie qui fait la richesse de notre vallée.

8) Un gain en trompe-l'oeil pour les collectivités

Les communes perçoivent des taxes sur les installations photovoltaïques. Mais ces revenus sont vite compensés par :

9) La France n'a pas besoin de photovoltaïque au sol pour décarboner

La France est déjà un pays producteur d'électricité bas carbone. Grâce à son parc nucléaire, elle est le deuxième pays européen et le septième pays mondial en termes d'électricité décarbonée (source : Ember, Global Electricity Review).

La France est par ailleurs exportatrice nette d'électricité. Multiplier les installations photovoltaïques industrielles pour produire une électricité dont le bilan carbone est nettement moins bon que celui du nucléaire existant est une aberration.

10) La vraie alternative : le photovoltaïque sur surfaces artificialisées

Nous défendons le développement du photovoltaïque, mais sur les surfaces déjà artificialisées :

Selon l'ADEME, le potentiel des toitures et surfaces déjà artificialisées en France est considérable et permettrait d'atteindre des objectifs ambitieux sans sacrifier un seul hectare de terre agricole ou d'espace naturel (étude ADEME, 2024).